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  • Mayali Palma

Mon récit de naissance

Je l’ai d’abord écrit pour moi. Pour mettre des mots sur ce qui s’est passé, pour me souvenir. Pour le relire dans quelques années, si je devient nostalgique ou si j’ai besoin de me rappeler à quel point je peux être forte. En l’écrivant, je me disais que je le garderais pour moi. C’est très intime. Puis je me suis rappelé que pendant ma grossesse j’ai du lire une centaine de récit d’accouchement, pour me préparer à toutes les éventualités, pour découvrir les différentes possibilités liées à l’enfantement. J’ai lu des histoires magnifiques, puissantes, difficiles, qui se passent comme on le souhaite ou qui se passent très différemment. Alors, j’ai décidé de vous partager mon (très long) récit de naissance.


***

Mercredi le 4 mai (40SA+4) j’ai un rendez-vous en ostéopathie, parce que le dos de bébé n’est pas vers avant, mais bien sur le côté. Le soin a duré 1h30, j’ai senti bien des choses travailler ! Ensuite, je suis allé marcher avec une amie dans une des plus grosses côtes de Val-David. Puis, plus tard dans la journée, je me suis fait un traitement d’acupuncture (j’avais hâte d’accoucher!).


Redu le soir, je vais me coucher. À 11PM j’ai des contractions qui commencent. J’avais souvent 3-4 contractions les nuits précédentes alors j’essaie de pas trop m’exciter. Finalement elles continuent, aux 5 minutes, 10 minutes, 3 minutes, 6 minutes… Je me lève, fais un peu de ballon en faisant couler mon bain. Je prends un bain et les contractions continuent mais sont encore très irrégulières et durent entre 30 et 50 secondes. Vers 4AM je vais réveiller mon amoureux « Chéri, j’ai commencé à avoir des contractions de plus en plus intenses ! ». J’essaie de me recoucher. Je dors un peu. Pendant la journée, les contractions continuent, irrégulières encore. Mon chum annule sa journée au travail. On passe la journée à prendre des marches, se coller, relaxer à la maison. On regarde le documentaire « Wild Babies » sur Netflix. Ma mère m’apporte une bouillotte (la mienne est dans ma valise de naissance), on jase un peu, c’est excitant !


Ce soir-là, on essaie d’aller se coucher. Les contractions se rapprochent et s’allongent un peu, mais ça reste inconstant. Je prends un bain, ça continue. Gustave appelle la sage-femme, nous lui disons qu’on pense que le travail commence. Elle me dit d’attendre que les contractions soient plus longues, je suis encore en latence. Plus tard, vers 1 :30AM, les contractions durent plus longtemps, sont plus intenses, je prends un autre bain. On rappelle la sage-femme et elle nous dit de venir à la maison de naissance, on va voir comment les choses évolues.


À 3AM on est reçus à la MDN par notre sage-femme Caroline. La chambre est prête et cozy. Elle m’évalue, prend mes signes vitaux, compte quelques contractions. Elles ne sont pas longues, mais elles sont rapprochées. 2 minutes, 1,5 minutes, 3 minutes… Dilaté à 3cm, effacée à 100%. Bébé a encore son dos à gauche. Caroline nous propose de nous coucher, et m’installe avec un coussin en décubitus latéral, pour essayer de faire tourner bébé le dos vers l’avant.


05 :45 : les contractions sont plus fortes. Pas de changement de col. On me propose de rompre les membranes. J’accepte. Ça me stresse. J’ai peur d’avoir plus mal aux contractions, je tremble sur le lit alors qu’elle essaie de rompre les membranes. Je sens le liquide chaud couler entre mes jambes. Ça y est !


Je marche, je change de positions, je respire mes contractions. Ça fait 2 nuits que je ne dors pas beaucoup, mais je sens que je fais bien ça. Les contractions de plus en plus fortes, mais toujours en bas de 1 minute.


08 :15AM : ma mère arrive à la MDN.


09 :30AM : 4cm.


Rebozo, points de pression, changement de position. Mon conjoint et ma mère travaillent super bien en équipe pour m’aider à passer au travers de chaque vague. Je continue à bien respirer mes contractions, la sage-femme me félicite, ça m’encourage.


10 :00 : je commence à être fatiguée. Mon utérus contracte depuis 36 heures. On me propose un soluté par intra-veineuse. J’accepte.


11 :30 : 5cm


Je prends un bain. Ça fait du bien. Gustave me fait de l’ostéopathie pour essayer de faire tourner bébé encore (sa tête est en transverse). On sent que quelque chose se passe. Ça marche un peu, le dos est un peu plus vers l’avant, mais bébé est encore très haut.


13 :15 : Le col n’a pas bougé. Caroline me dit que la progression est très lente. Elle me propose de transférer à l’hôpital pour me donner du Pitocin et l’épidurale. « Quoi ? Déjà ? Je ne suis pas prête à transférer, je veux réévaluer plus tard. »

(C’est le deuxième accouchement de nuit, d’affilé à ma sage-femme, elle a une migraine et elle est fatiguée. C’est sa fatigue et son découragement que je sens dans sa proposition, j’essaie de ne pas me laisser affecter.)


15 :00 : 6cm. On me repropose de partir à l’hôpital. Je refuse encore. Une autre sage-femme (Faiza) prend la relève, le temps que l’autre sage-femme de garde (Céleste) arrive (Caroline a trop mal à la tête, elle doit quitter plus tôt).


Faiza est merveilleuse. Elle m’encourage, me fait parler à mon bébé, me fait visualiser mon col qui s’ouvre, mon bébé qui descend. Elle est d’une douceur enveloppante. Son énergie me fait du bien, m’apaise, me réconforte.


17 :00 : 7cm. Contractions aux 3 minutes qui durent 1 minute. Céleste prend la relève. Une très jeune sage-femme qui arrive pleine d’énergie, de volonté et de bonne-humeur. La dynamique change ! Ça m’encourage à continuer.


Ma mère et mon amoureux continuent de me faire des points de pression, de s’occuper de la bouillote, de m’amener de l’eau et du chocolat, homéopathie et teintures mères.


18 :00 : mon col n’est plus effacé à 100%, mais bien à 90%. Ça a régressé. Découragement. On me masse le col avec des granules d’arnica et j’en prend à l’interne aux 30 minutes.


18 :45 : J’en peu plus. Je suis fatiguée, épuisée. J’en peu plus d’endurer la douleur. Je reprends un autre bain.


19 :45 : 8cm. Je commence à songer au transfert à l’hôpital. Je veux l’épidurale, la douleur et la fatigue sont insoutenable. Je pleure pendant quelques contractions.

Je mange un peu. Céleste me dit que c’est normal pour un premier bébé que ce soit long. Que bien que les contractions aient commencées il y a longtemps, ça ne fait que 12 heures que je suis en travail actif, ça reste dans la norme d’un premier bébé.


21 :15 : J’en peux plus. Je veux être transférer. Ma mère et mon chum n’en peuvent plus de me voir souffrir. Je vois Gustave pleurer quelques fois. On craint que rendue à la poussée je sois trop fatiguée pour pousser et que ça mette bébé en danger. On commence à ranger mes choses, à faire les valises. (allo la phase de la désespérance !?)


Céleste essaie de me rassurer. Elle nous donne du « Rescue » à nous 3. Ça change tout. Ça nous redonne du courage. (J’ai maintenant une bouteille de Rescue chez moi, c’est magique ce truc!) Je décide de rester à la MDN finalement.


Je passe beaucoup de contractions sur le bol de toilette, ça m’aide à relâcher mon plancher pelvien. Points de pression et la bouillotte dans la salle de bain, mes accompagnateurs assis par terre ou derrière moi au-dessus de la cuvette.


Minuit : 9cm. Je suis découragée. Ça fait 48h que mon utérus contracte et que j’ai très peu dormi et mangé.


01 :15 : Une contraction est tellement intense que je vomis, beaucoup. 9cm+

Les contractions se sont espacées, elles sont irrégulières. On me dit que le tire-lait pourrait aidée. Découragement.


02 :30 : Je commence le tire-lait. Toujours pas envie de pousser. On me parle d’un transfert si l’envie de pousser ne se fait pas sentir bientôt.


03 :15 : Il reste une toute petite bande de col à passer. On essaie de le faire pendant que je pousse à une contraction. Ça ne marche pas. Céleste appelle la 2e sage-femme de garde. A ce qui parait, c’est la pro du « passage de bande de col ».


Céleste encourage ma mère et mon chum à aller prendre l’air. Tout le monde est découragé, fatigué, tendu.


Le cœur de bébé est encore parfait. Je parle à mon bébé, je lui dis qu’il peut descendre. Je dis « Oui » souvent. (J’avais lu ça dans un livre de préparation à l’accouchement. À ce qui parait ça aide à ne pas être dans la résistance et la peur, dans le « Non ».) Je ne sais pas si ça aide vraiment, mais je me dis que ça ne peut pas faire de tort. Je me sens comme en trance.


04 :00 Je retourne sur le bol. Et pendant une contraction je sens une envie irrésistible de pousser. ENFIN ! Ouiiiii. Je vois la lumière au bout du tunnel !


À chaque contraction je pousse. Je cri, fort. Un son primal, qui vient du plus profond de moi.

C’est intense. Mes accompagnateurs ne savent plus quoi faire pour m’aider.

Je leur dis que s’ils ne peuvent pas pousser à ma place, qu’ils me laissent tranquille dans la salle de bain ! Qu’ils ne peuvent plus rien faire. Il faut juste que je sorte ce bébé de là!


Puis, je me dirige sur le banc de naissance pour quelques poussées. On voit la tête !


04 :30 : Je me mets à 4 pattes sur le lit pour pousser.


Mes contractions ne sont pas assez longues pour que je puisse assez pousser. Je me remets sur le banc de naissance avec le tire-lait.

Si ça n’évolue pas plus rapidement, il faudra penser à un transfert.

Oh que non ! Il est hors de question que je me sois rendue aussi loin pour être transférer à l’hôpital si près du but. Aux prochaines contractions je vais puiser dans le peu de réserves qu’il me reste pour pousser comme je n’aurais jamais cru possible.


05 :35 : Petit couronnement de la tête (fiou!). Je me replace à 4 pattes sur le lit.


05 :37 : Naissance de la tête. Elle sort d’un coup. Un tour de cordon lousse, qu’on enlève.


L’épaule ne passe pas. On me met sur le dos (on aurait dit une technique de Jiu-Jitsu), on me demande de tirer les jambes vers moi et de pousser du plus fort que je peux. Je suis tellement épuisée et confuse, je comprend pas trop ce qui se passe.

Les épaules passent !


05 :41 : Naissance du corps. Mon bébé ne respire pas. On lui donne de l’oxygène et après plusieurs secondes, des pleurs. Quel soulagement !


C’est quoi le sexe du bébé finalement ? C’est un garçon !


Je suis encore un peu confuse, dû à la fatigue, la faim et les hormones. J’ai un bébé sur moi. Mon bébé. Je ne réalise pas encore. Ma mère pleure.


Ça fait au dessus de 50hrs que mon utérus contracte, on me suggère fortement une injection de pitocin pour favoriser l'expulsion du placenta.


10 minutes plus tard, délivrance du placenta. C’est officiellement terminé ! On attend que le cordon devienne blanc, puis mon amoureux coupe le cordon.


Les sage-femmes doivent aspirer mon bébé à plusieurs reprises. Il respire trop vite et semble avoir beaucoup de liquide dans les poumons.


Première tétée. Ohh ! C’est surprenant comme sensation. Ça a beaucoup de succion cette petite bouche là ! Je ne m’attendais pas à ça.


On en profite que je suis occupée avec l’allaitement pour faire mes points de suture.


Une fois terminé, on me propose de prendre un bain pendant que bébé est pesé, mesuré et aspiré à nouveau. Ça me prend toutes mes réserves d’énergie pour me rendre au bain qui est à côté du lit. Je sens que je vais perdre connaissance bientôt. Je demande pour que me redonne du soluté par intraveineuse. Les aides natales en profitent pour refaire le lit avec des draps propres.


Après le bain, mon plateau de fruits ainsi que mon déjeuner arrivent. Du pain doré, miam ! Enfin un repas.


Mon bébé respire encore beaucoup trop vite. On me propose de me reposer, dormir un peu, et si dans 2-3 heures bébé respire encore trop vite, il faudra transférer à l’hôpital.


Après la sieste, la respiration ne s’améliore pas. La pédiatre à St-Jérôme veut nous voir en urgence. On arrive à négocier de ne pas y aller en ambulance. On va y aller en voiture, sans arrêter où que ce soit, promis.


Et c’est parti pour un 24h à l’hôpital. Il faut croire que malgré toutes les menaces de transfert pendant l’accouchement, on a quand même fini par s’y rendre.


Test covid, prises de sang. Bébé en monitoring constant, branché de tout partout. Mon cœur de nouvelle maman est en mille morceaux. Je suis exténuée. On passe du 7 mai au 8 mai; bonne première fête des mères !


Je passe une bonne partie de la nuit dans une chaise longue, à côté de l’incubateur, à essayer d’allaiter, au son des « Bip. Bip. Bip. » de notre bébé, mais des autres petits bébés branchés.


Je suis épuisée, mon bébé dans les bras. Je n’ose pas le remettre dans l’incubateur, je veux qu’il soit dans les bras de quelqu’un.

Une infirmière passe par là, me voit la tête et me dit qu’elle a fini sa tournée, qu’elle a du temps pour bercer mon petit coco; « Va dormir, maman ».


Je réussi à dormir dans un lit simple d’hôpital, collée contre mon amoureux.

On vient de chercher 3 heures plus tard, mon bébé a faim.


Il respire moins vite, mais ce n’est pas parfait. Tous les autres tests reviennent négatifs, pas d’infections, fiou !

Ils veulent nous garder 24h de plus, mais dans une chambre privée, avec bébé à côté de nous. Une infirmière viendra toutes les 4 heures pour compter sa respiration.


Le déjeuné est servi. 2 toasts de pain blanc, un berlingot de lait et un café.


J’en peu plus. Je suis épuisée, je veux manger un vrai repas, je veux être à la maison avec mon bébé, en peau à peau. Mon cœur de maman sait que mon bébé va bien, il a juste besoin d’être collé et aimé par des parents qui peuvent se reposer et se nourrir. Avec mon amoureux, on se dit qu’on est capable, nous aussi, de compter sa respiration aux 4 heures.


Nous signons un Départ sans congé. (On habite à 10 minutes de l’hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts, si jamais il faudrait s’y rendre.)


On s’en va à la maison !!!


À quelques coins de rues de la maison, mon amoureux et moi on se met à pleurer de soulagement, de fatigue, de bonheur.


On arrive à la maison, il fait beau et chaud. La porte est ouverte. Ma mère nous accueille, un chaudron de bonne bouffe maison sur le poêle. La maison est propre, elle a fait du ménage en nous attendant.


On peut finalement se déposer, en famille.

We are home.

Bienvenu mon bébé.